Le jardin anglais de la rue de Gruyères
Les jardins anglais apparaissent au 18ᵉ siècle en rupture avec la rigueur des jardins « à la française » et manifestent une nouvelle sensibilité à l’égard de la nature. Plutôt que de la dompter, il s’agit de l'idéaliser pour créer des tableaux vivants, inspirés par la peinture de paysage. Sous l'influence du romantisme, le jardin devient un refuge propice à la rêverie. Popularisé par des paysagistes comme Capability Brown, ce modèle privilégie les lignes courbes, les sentiers sinueux et l’utilisation de « fabriques » (petites constructions ornementales). L’eau y perd sa verticalité ; des étangs aux berges irrégulières s'intègrent dans une harmonie discrète avec l’environnement végétal.
Au 19ᵉ siècle, cette esthétique s'adapte au développement des villes. Le jardin anglais devient un parc public ouvert à tous, offrant un poumon vert face à l'urbanisation industrielle. À Bulle, cette influence se manifeste d'abord à la fin du 19e siècle dans le parc privé de l’Hôtel des Alpes, où concerts et bals attirent la clientèle et les habitants.
C’est au début des années 1900 qu’un véritable jardin anglais public est aménagé à la rue de Gruyères. Ce projet s’inscrit dans une modernisation du quartier, marquée notamment par l’inauguration, en 1906, de la Brasserie La Viennoise. Avec son décor Art nouveau et ses vitraux raffinés, l’établissement devient le prolongement social du jardin, un lieu de ralliement pour les promeneurs. La même année, un bassin est installé au cœur du parc, renforçant cette atmosphère de détente. En 1929, le jardin acquiert une dimension mémorielle avec l’inauguration d'un monument en hommage à Léon Progin, aviateur de Vaulruz disparu en 1920, à proximité de la ferme du Russalet, qu’occupaient le père adoptif de l’aviateur, Jean Guillet (1867-1930), et sa mère, Marie, née Progin (1866-1926).
Les photographies anciennes montrent un espace beaucoup plus vaste qu’aujourd’hui. L’ampleur du jardin a été réduite au fil du 20ᵉ siècle pour répondre aux besoins de la modernisation du réseau routier. Le tournant majeur survient dans les années 1960 avec la construction d'un nouveau pont principal sur la Trême, ce qui modifie une nouvelle fois le tracé original du parc. Les élargissements successifs de la route finissent par le restreindre à sa forme triangulaire actuelle.
Malgré ces transformations, le jardin conserve aujourd'hui son âme grâce à ses arbres remarquables. Le Séquoia géant et le Cyprès de Lawson apportent une verticalité dramatique au lieu, tandis que l’Érable argenté et les Tilleuls continuent d'offrir l'ombre et la sérénité propres à l'idéal romantique.
Information
Musée gruérien
Rue de la Condémine 25
1630 Bulle
La Gruyère Tourisme
Centre commercial Velâdzo (rez inférieur)
Place de la Gare 3
1630 Bulle







