Le Jardin des Capucins
En 1348, à la demande de sa bourgeoisie, Bulle est dotée par l’évêque de Lausanne d’un hôpital et d’une chapelle dédiée à la Vierge. Après l’incendie de 1447, le complexe est reconstruit et la chapelle est consacrée en 1511.
La dévotion à Notre-Dame de Pitié ou de Compassion est ancienne, contrairement au pèlerinage bullois. Celui-ci ne se développe qu’à partir de 1640 avec l’arrivée d’un religieux de la Congrégation de l’Oratoire, Dom Claude Mossu. Des miracles se produisent et les pèlerins affluent pour vénérer la statue de la Vierge, représentée assise, son fils mort sur les genoux.
Au décès de Dom Mossu en 1665, deux capucins sont appelés – à titre provisoire – par les bourgeois de Bulle. L’hôpital déplacé, un petit couvent (pour douze religieux) est bâti ; il est établi « à perpétuité » en 1679.
Agrandie aux dimensions actuelles en 1688, la chapelle, dont le chœur était propriété directe du Vatican, la nef appartenait à la Bourgeoisie de Bulle et le couvent aux Excellences de Fribourg. Le sanctuaire remplit la double fonction d’église conventuelle et de sanctuaire de pèlerinage. Une impressionnante paroi-retable baroque est réalisée dans le chœur par le sculpteur bullois Pierre Ardieu et son atelier entre 1692 et 1701.
L’Ordre des Frères mineurs capucins est fidèle à la règle de saint François d'Assise. Les Frères capucins mènent une vie de pauvreté, rythmée par la prière et le travail manuel, en refusant toute propriété personnelle. Contrairement à un ordre cloîtré, ils entretiennent des liens étroits avec la population et la ville, en parfaite adéquation avec ce sanctuaire urbain, ouvert sur la place centrale et sur les activités qui s’y déploient.
Un vaste jardin jouxte la chapelle au sud des bâtiments. Il s’inscrit dans la continuité du potager de l’ancien hôpital. Organisé selon un plan traditionnel en forme de croix, le jardin est le lieu où les frères cultivent un « jardin des simples ». Ils font pousser de la mauve et de la guimauve pour apaiser la toux, du souci pour soigner les plaies, ainsi que de la menthe, de la mélisse et de la sauge. Ces plantes médicinales servent à préparer des remèdes et des tisanes très appréciés des habitants ; elles renforcent ainsi le rôle de guérisseurs attribué aux capucins au sein de la cité. Mais le jardin est aussi un potager où les religieux cultivent des légumes indispensables à leur subsistance, tels que le panais, le topinambour (que l'on retrouve encore aujourd'hui au pied des murs du château), ainsi que des fèves et des pois violets – appelés d’ailleurs « pois capucins » –, une variété spécifiquement associée à l'ordre religieux des capucins.
L’élément le plus singulier du site consiste en une escargotière où les religieux élèvent des escargots. Considérés comme des animaux aquatiques, leur consommation est autorisée durant le Carême, période de quarante jours avant la fête de Pâques, qui se caractérise par des jours de jeûne complet et des jours d’abstinence (jours maigres). Une tradition bien ancrée (plus de 400 ans) veut que les Capucins invitent les autorités régionales à un repas comportant des escargots, à la mi-carême. Cette coutume perdure encore aujourd'hui en ville de Fribourg, où le Conseil d'État est invité chaque année par les Frères capucins pour la choucroute aux escargots.
Après plus de trois siècles de présence, les Frères capucins quittent Bulle en 2004. L’importante bibliothèque religieuse, scientifique et érudite intègre les collections patrimoniales de la Bibliothèque cantonale et universitaire de Fribourg. En 2019, un important chantier de réhabilitation du jardin permet de redonner vie à ce site historique, désormais propriété, dans sa
globalité, de la paroisse de Bulle-La Tour. Depuis le 1er juillet 2020, le Jardin des Capucins accueille le public en journée. Sur le niveau supérieur, les surfaces cultivées, toujours organisées selon un plan en forme de croix, structurent un espace de partage entretenu par des particuliers sous l’égide de la Croix-Rouge fribourgeoise. L'organisation y propose régulièrement des ateliers de jardinage et des rencontres interculturelles, tandis que les bâtiments environnants servent de base logistique pour l’accueil des bénévoles.
Ce lieu préserve également sa dimension spirituelle : en empruntant l'escalier vers le niveau inférieur, les visiteurs accèdent à un oratoire, espace de recueillement dédié à saint François d'Assise. L’ancienne escargotière se situait autrefois sur la gauche de ce niveau inférieur, dans le petit bâtiment couvert et ajouré.
Information
Musée gruérien
Rue de la Condémine 25
1630 Bulle
La Gruyère Tourisme
Centre commercial Velâdzo (rez inférieur)
Place de la Gare 3
1630 Bulle







