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8. Place du Tilleul

La Gruyère Tourisme
Centre commercial Velâdzo (rez inférieur)
Place de la Gare 3
1630 Bulle

+41 (0)26 919 85 00

www.la-gruyere.ch

Le tilleul, témoin d’histoire(s)

Pendant près de trois cents ans, le tilleul historique de Bulle — vraisemblablement un Tilia platyphyllos (tilleul à grandes feuilles) — a constitué un marqueur de l’architecture urbaine. Bien plus qu’un simple ornement au centre-ville, le tilleul possède une large couronne dont l’ombrage agit comme régulateur thermique naturel, favorisant, en quelque sorte, un « forum vivant » et transformant la place publique en un havre de fraîcheur dès le milieu du 18ᵉ siècle.

Au-delà de sa fonction biologique, l’arbre fut le témoin privilégié des soubresauts politiques de la région. En mai 1781, il devint le centre névralgique de l’insurrection menée par Pierre-Nicolas Chenaux. C’est sur son écorce que fut affiché l’avis de recherche lancé contre Chenaux par les autorités fribourgeoises. Comme les médias sociaux actuels, le tilleul servit de tribune aux insurgés. En 1798, au moment de l’invasion française, il est consacré « Arbre de la Liberté ».

La résilience de l'arbre face aux tragédies urbaines fut remarquable. Il survécut notamment à l’incendie dévastateur qui ravagea Bulle en 1805. Vers 1850, l’ajout d’une structure en pierre (tanzlinde) destinée à soutenir ses branches, ainsi que la mise en place d’une mesure officielle (demi-aune, soit environ 60 cm), renforcent la valeur patrimoniale de l’arbre. Cette mesure était alors indispensable à l’économie de la paille tressée : elle permettait de vérifier la longueur des tresses vendues sur le marché, garantissant ainsi l'équité des échanges. En endossant cette fonction, le tilleul devenait le gardien de la bonne foi commerciale.

Cependant, le poids des siècles et le compactage des sols dû à l’urbanisation finirent par affaiblir ce colosse. Au début du 21ᵉ siècle, le diagnostic fut sans appel : l’arbre était mourant. Une analyse dendrochronologique confirma son âge respectable de 273 ans, peu avant son abattage, pour des raisons de sécurité, en 2003. Ce moment de rupture fut vécu comme un deuil collectif, compensé par la plantation d’un successeur dès l’année suivante, soit en 2004.

Aujourd'hui, la mémoire du vieux tilleul est préservée au Musée gruérien, à Bulle. On y conserve précieusement la demi-aune originale, témoin de l'importance économique de l'arbre pour la cité.

Afin que la dépouille du colosse ne finisse pas entièrement à la scierie, une démarche de « reliques laïques » a également accompagné sa fin. Le bois du géant, prisé pour sa tendreté et la finesse de son grain, a été confié à des artisans locaux, qui ont créé des objets souvenirs permettant aux Bulloises et aux Bullois d'emporter chez eux un fragment physique de leur patrimoine.

Rappelons que le tilleul est l'essence reine de la boissellerie (sculpture sur bois) : le bois de tilleul, blanc et homogène, est le matériau idéal pour la confection des célèbres cuillères à crème.

À côté du tilleul politique et du tilleul des mariages, la ville de Bulle dispose aussi d’un tilleul du commerce, situé à la rue de la Sionge, dont le tronc servait de lieu d’affichage pour les ventes de bétail.

Ces trois tilleuls historiques balisent l’espace urbain de la ville de Bulle. Ils illustrent la symbiose entre la flore locale, les croyances religieuses, les aspirations démocratiques et le dynamisme marchand de la Gruyère. Toujours présents, ils font le lien entre le passé et le présent.

Ce lien entre commerce, politique et démocratie, se retrouve dans le poème

Stances au tilleul de Bulle, écrit par le poète, buraliste postal, avocat, procureur général, conseiller national, juge fédéral, Nicolas Glasson, vers 1850 :

Vieux témoin des vertus et des mœurs de nos pères, Salut ! de ton feuillage au dôme hospitalier, Tu couvres de ton ombre et nos jeux et nos foires, Et du vieux temps, pour nous, tu restes l’héritier.

Quand le fer et le feu dévoraient la cité, Quand le toit paternel s’écroulait sur la pierre, Toi seul, tu t’élevais avec ta majesté, Épargné par le sort dans la ruine entière.

Tu vis passer les rois et les temps et les modes, Tu vis les conquérants, tu vis les opprimés ; Tu vis s’épanouir nos libertés commodes, Et par nos vieux aïeux tes rameaux furent aimés.

Sous ton ombre souvent, le soir, à la nuit close, Le vieillard vient s'asseoir et rêve au temps passé ; Il songe aux jours d'espoir, à l'avenir, à la rose, Au bonheur qui s'enfuit, au plaisir effacé.

Et la jeune beauté, modeste et rougissante, Vient aussi, sous ton dôme, écouter l'aveu doux, Et son cœur bat d'amour, et sa main frémissante S’unit à l’autre main dans un transport jaloux.

Tu fus l’arbre sacré, l'arbre de la patrie, Le centre des ralliements, le forum des cités ; Et si jamais sur nous la liberté flétrie Venait à s’obscurcir, tu nous la rendrais, toi !

Car tu nous parles d'eux, de ces hommes de fer, Qui de la tyrannie ont brisé les entraves ; Tu nous dis que leur sang a coulé pour l’éther, Et que les fils de Suisse ne sont point des esclaves.

Oh ! reste longtemps seul, au milieu de la place, De tes bras vigoureux embrassant l’horizon ; Que l'enfant de la ville, en passant, te salue, Et respecte, en ton tronc une sainte prison.

Une prison de souvenirs, de gloire et d'espérance, Où se cachent les noms de ceux qui ne sont plus ; Où l'on croit voir errer, dans leur noble assurance, Les mânes de nos preux, de nos chefs disparus.

Et quand l'hiver viendra, dépouillant ta parure, Quand la neige couvrira tes bras entrelacés, Tu nous diras encore, malgré la froidure, Que les cœurs généreux ne sont pas tous glacés.

Puis, au printemps nouveau, quand la sève remonte, Tu nous montreras bien, par tes boutons naissants,

Que l’on ne doit jamais, pour aucune honte, Désespérer du jour, du réveil des vivants.

C’est ainsi que tu vis, vieux géant de la terre, Bravant tous les hivers et bravant tous les vents ; Quand tout change autour de toi, seul tu restes le même, Toi qui vis nos aïeux et verras nos enfants.

Crois-tu donc être seul ? Non, ton ombre nous suit, Elle plane sur nous comme un céleste abri ; Elle nous accompagne au milieu de la nuit, Et nous console tous dans notre cœur meurtri.

Que d’autres, plus savants, célèbrent d’autres arbres, D’autres troncs plus pompeux et d'un plus haut renom ; Moi, je t’aime, vieux chêne... Oh ! pardon, c'est l'usage, On dit tilleul... eh bien ! j'aime aussi ce beau nom.


Il rappelle le miel et le parfum des fleurs, Il rappelle l’enfance et les jours de gaîté ; Il rappelle Bulle, et ses joies et ses pleurs, Et tout ce qu'on adore en notre liberté.

Aussi, quand la vieillesse aura courbé ma tête, Quand je devrai quitter ce monde et ses amours, Je reviendrai vers toi, comme à un jour de fête, Te dire un long adieu, le dernier de mes jours !

Et mon dernier regard cherchera ton feuillage, Mon dernier souvenir sera pour tes rameaux ; Et je m’endormirai, sans crainte et sans dommage, Sous l'abri bienfaiteur qui calma tous mes maux.

Information

Musée gruérien
Rue de la Condémine 25
1630 Bulle

La Gruyère Tourisme
Centre commercial Velâdzo (rez inférieur)
Place de la Gare 3
1630 Bulle

+41 (0)26 919 85 00

www.la-gruyere.ch

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