Un paysage façonné par l’homme
Le pourtour de l’église permet un point de vue intéressant sur le paysage de la Gruyère. La région, célèbre pour ses sommets et ses vastes pâturages, s'est construite sur une histoire géologique et humaine fascinante. Ses montagnes proviennent d'une ancienne nappe sédimentaire marine, riche en fossiles comme les ammonites, qui s'est soulevée et plissée sous la pression tectonique. Plus tard, l'érosion glaciaire a sculpté les vallées profondes que nous connaissons aujourd'hui. Dès l'époque celte et romaine, l'empreinte humaine s'est discrètement inscrite dans ce paysage à travers la toponymie, d'anciens tumuli et quelques forêts primitives préservées.
Les massifs forestiers, longtemps prédominants, abritaient une grande variété d'essences adaptées au climat de moyenne et de haute montagne. En altitude, les conifères dominaient largement le paysage. L'épicéa, ou sapin rouge, s'imposait comme l'arbre le plus répandu grâce à sa résistance au froid et aux sols acides, offrant un bois précieux pour la construction et la lutherie. Il côtoyait le sapin blanc dans les zones plus ombragées, le mélèze sur les versants ensoleillés de haute altitude et le pin sylvestre sur les terrains les plus pauvres. À plus basse altitude et sur les versants bien exposés, les feuillus prenaient le relais. Le hêtre y formait de denses forêts en dessous de 1 200 mètres, tandis que l'érable sycomore, le frêne et le chêne s'épanouissaient dans les lisières, les zones humides et les riches fonds de vallée. Enfin, des espèces pionnières comme le bouleau, l'aulne et le sorbier des oiseleurs colonisaient les espaces de transition.
Jusqu'au Moyen Âge tardif (1300-1450), cette mosaïque forestière occupait la majeure partie du territoire. Cependant, à partir du 14ᵉ siècle, l'essor démographique et le développement de l'élevage du gros bétail ont provoqué d'importants défrichages. Pour agrandir les surfaces de fauche et créer des ciernes – pâturages de montagne conquis sur les forêts –, les habitants ont massivement abattu les arbres. Ce bois servait également de combustible et de matériau de construction. La création de ces pâturages de moyenne altitude a permis de faire monter des troupeaux de moutons d’abord, puis de bovins, durant l’été afin d’y trouver des pâtures saisonnières et de faire du fourrage sec (foin) autour des fermes de basse altitude. Aujourd’hui encore, 26 000 bovins montent à l’alpage chaque printemps pour quatre mois d’estive. Une quarantaine de chalets d’alpage fabriquent encore le gruyère, le vacherin et le sérac. Les autres chalets sont utilisés pour le stationnement en altitude des génisses et des vaches allaitantes. Quelques alpages sont toujours exploités pour les pâtures de moutons. En 2023, cette tradition vivante de la « Saison d’alpage suisse » a été inscrite au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Initiée dès 2012 par le Musée gruérien, cette inscription est un engagement à tout mettre en œuvre pour garantir la sauvegarde à long terme de cette économie alpestre pluriséculaire.
Face à l'épuisement de la ressource, les autorités ont réagi dès le 16ᵉ siècle en instaurant des règlements stricts pour encadrer les coupes, limiter les droits de pâture et encourager la replantation, posant ainsi les bases d'une gestion durable.
Cette dynamique d'exploitation s'est toutefois intensifiée au 19ᵉ siècle avec l'essor du défrichement industriel, une période durant laquelle les conifères ont été massivement privilégiés lors des reboisements en raison de leur croissance rapide et de leurs troncs parfaitement droits, particulièrement adaptés aux exigences de l'industrie moderne.
Aujourd'hui, la forêt a reconquis une place essentielle dans le paysage gruérien, notamment sur les versants escarpés délaissés par l'agriculture. Elle assure désormais un rôle écologique fondamental en stabilisant les sols et en limitant les risques naturels, comme les avalanches, les inondations et les glissements de terrain. Tout en abritant une riche biodiversité, elle est devenue un espace de détente, de promenade et de sensibilisation à l'environnement, illustrant un équilibre harmonieux entre l'exploitation humaine et la préservation de la nature.
Information
Musée gruérien
Rue de la Condémine 25
1630 Bulle
La Gruyère Tourisme
Centre commercial Velâdzo (rez inférieur)
Place de la Gare 3
1630 Bulle







